Le cadre ne limite pas. Il rend la liberté possible.
- Marie-Anne Perrey
- il y a 2 jours
- 5 min de lecture
Nous avons parfois tendance à penser que les règles freinent l'autonomie. Pourtant, c'est souvent l'absence de cadre qui crée de l'incertitude, des tensions et des malentendus.
Le téléphone sonne.
Au bout du fil, la directrice artistique d'une association culturelle.
C'est elle qui a imaginé le projet. C'est elle qui a créé l'association, développé les premières actions, constitué les équipes et porté la structure pendant plusieurs années.
Comme dans beaucoup d'associations, une présidente a ensuite été élue pour assurer la gouvernance de la structure.
Au départ, les rôles semblaient évidents.
Puis, progressivement, quelque chose a changé.
« J'ai l'impression de ne plus être chez moi. La présidente échange directement avec les salariés, leur donne des consignes, intervient dans les choix artistiques, répond à leurs questions sans m'en parler. Les collaborateurs ne savent plus toujours à qui se référer. Certaines décisions sont prises sans que j'en sois informée. Et lorsque j'essaie de remettre un peu d'ordre, j'ai le sentiment de créer un conflit. Pourtant, je ne cherche pas à défendre mon territoire. J'aimerais simplement que chacun retrouve sa juste place. »
En l'écoutant, je ne pense pas immédiatement à un problème de personnes.
Je pense au cadre.
Car lorsque les responsabilités, les espaces de décision et les limites de chacun ne sont pas clairement définis, les frontières deviennent progressivement poreuses.
Chacun agit avec de bonnes intentions.
Chacun pense rendre service.
Mais, peu à peu, les rôles se confondent, les décisions se chevauchent et les collaborateurs ne savent plus à qui se référer.
Ce qui ressemblait, au départ, à une marque d'implication devient alors une source de confusion… puis de tension.
C'est précisément ce que nous allons explorer dans cet article.
Nous confondons parfois liberté… et absence de cadre
Dans le monde du travail, nous parlons beaucoup d'autonomie.
C'est une bonne chose.
Les collaborateurs souhaitent être responsabilisés, prendre des initiatives et disposer d'une véritable marge de manœuvre.
Mais, sans nous en rendre compte, nous faisons parfois un raccourci.
Nous imaginons que plus le cadre est léger, plus les collaborateurs seront libres.
En réalité, c'est souvent l'inverse.
L'autonomie ne naît pas de l'absence de règles.
Elle naît de la clarté des règles.
Sans cadre, chacun construit le sien
Lorsqu'une organisation ne précise pas clairement les rôles, les responsabilités et les espaces de décision de chacun, le cadre ne disparaît pas.
Il devient implicite.
Chacun agit selon sa propre représentation de ce qu'il est légitime de faire.
Les collaborateurs sollicitent la personne qui leur semble la plus accessible.
Le manager intervient là où il pense être attendu.
Le dirigeant répond aux demandes qui arrivent jusqu'à lui.
Progressivement, un nouveau fonctionnement s'installe.
Mais il ne repose plus sur des règles partagées.
Il repose sur les habitudes, les personnalités, les rapports de force ou les urgences du quotidien.
Et c'est souvent là que naissent les incompréhensions.
Les décisions se chevauchent.
Les responsabilités deviennent floues.
Les frustrations s'accumulent.
Non parce que les personnes sont de mauvaise volonté.
Mais parce qu'elles ne jouent plus avec les mêmes règles.
Le cadre rassure
Contrairement à une idée largement répandue, les collaborateurs ne recherchent pas seulement de la liberté.
Ils recherchent aussi de la sécurité.
Ils ont besoin de savoir :
Qui décide de quoi ?
À qui s'adresser ?
Jusqu'où va leur responsabilité ?
Quelles décisions peuvent-ils prendre seuls ?
Quels arbitrages relèvent de leur manager ou de leur direction ?
Cette clarté est profondément rassurante.
Elle permet d'oser.
De prendre des initiatives.
De se tromper parfois.
Mais toujours à l'intérieur d'un espace clairement défini.
Le cadre n'étouffe pas l'initiative.
Il lui donne un point d'appui.
Un cadre n'est pas une liste d'interdictions
Lorsque l'on parle de cadre, beaucoup imaginent immédiatement des procédures, des contrôles ou des interdictions.
Pourtant, un cadre est avant tout un ensemble de repères.
Il clarifie les responsabilités.
Il précise les espaces de décision.
Il rend les attentes explicites.
Il permet à chacun de savoir quelle est sa place… et de reconnaître celle des autres.
C'est précisément cette clarté qui favorise ensuite l'autonomie.
Car plus les limites sont connues, plus les collaborateurs peuvent agir librement à l'intérieur de cet espace.
Le cadre protège aussi les relations
Dans l'association évoquée au début de cet article, la difficulté ne venait pas d'un manque d'engagement.
Au contraire.
La présidente souhaitait s'investir.
La directrice artistique voulait continuer à porter le projet qu'elle avait créé.
Les salariés cherchaient simplement à répondre aux sollicitations qui leur étaient adressées.
Le problème n'était donc pas l'implication des personnes.
Le problème était l'absence d'un cadre suffisamment explicite pour protéger les places de chacun.
Lorsque les frontières sont floues, les relations finissent par s'user.
Lorsque les rôles sont clarifiés, chacun peut coopérer sans avoir le sentiment d'empiéter sur le territoire de l'autre.
Le cadre évolue
Poser un cadre ne signifie pas le figer.
Les organisations évoluent.
Les équipes changent.
Les projets se développent.
Les responsabilités se transforment.
Un cadre vivant est un cadre qui peut être rediscuté lorsque le contexte le nécessite.
Mais cette évolution doit rester explicite.
Car un cadre qui change sans être nommé crée autant d'insécurité qu'un cadre absent.
Les collaborateurs n'ont pas besoin que tout soit immuable.
Ils ont besoin de comprendre les règles du jeu au moment où ils jouent.
Le regard d'Enso Conseil
Nous pensons souvent que le cadre limite la liberté.
Pourtant, dans les organisations comme dans toutes les relations humaines, c'est bien souvent l'inverse.
L'absence de cadre ne crée pas davantage de liberté.
Elle crée davantage d'incertitude.
Et lorsque l'incertitude s'installe, chacun cherche naturellement à définir lui-même les règles du jeu.
Les tensions apparaissent.
Les décisions deviennent plus difficiles.
Les responsabilités se confondent.
À l'inverse, un cadre clair ne réduit pas l'autonomie.
Il lui permet d'exister.
Parce que la véritable liberté ne consiste pas à faire ce que l'on veut.
Elle consiste à savoir dans quel espace il est possible d'agir en confiance, tout en respectant la place et les responsabilités des autres.
Le rôle du manager, du dirigeant ou du président d'une association n'est donc pas de tout contrôler.
Il est de construire un cadre suffisamment clair pour que chacun puisse exercer pleinement sa responsabilité.
Et vous ?
Dans votre organisation, les rôles et les espaces de décision sont-ils suffisamment clairs pour que chacun sache où commence sa responsabilité… et où s'arrête celle des autres?
Le cadre est-il perçu comme une contrainte… ou comme un repère qui permet à chacun d'agir avec confiance ?
écrit par Marie-Anne Perrey, Fondatrice d’Enso Conseil, Psychologue du travail – Consultante en dynamiques humaines et organisationnelles
À suivre…
La semaine prochaine dans Le regard d'Enso Conseil :
👉 Comment développer la confiance dans les relations de travail ?
La confiance est souvent présentée comme la clé d'une équipe performante. Pourtant, elle ne se décrète pas et ne repose pas uniquement sur les qualités individuelles.
Nous verrons comment elle se construit, se fragilise… mais aussi comment un cadre clair, des rôles bien définis et des relations de qualité permettent de la faire grandir durablement au sein d'une organisation.
Les situations évoquées dans ce blog sont inspirées de l’expérience de terrain d’Enso Conseil. Elles sont systématiquement anonymisées et peuvent être recomposées afin de préserver la confidentialité des personnes et des organisations.




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