Pourquoi célébrer les réussites est-il important dans une équipe ?
Dans les organisations, nous consacrons beaucoup de temps à comprendre ce qui ne fonctionne pas. Mais prenons-nous autant de temps pour comprendre ce qui fonctionne ? Et si célébrer les réussites permettait non seulement de reconnaître le travail accompli, mais aussi de renforcer les ressources, la confiance et la capacité d'une équipe à réussir ensemble ?
Lorsque j’accompagne une personne qui ne va pas bien, qui doute de ses capacités, qui rencontre des difficultés dans son travail, qui traverse des tensions avec son conjoint, ou encore un sportif qui peine à retrouver son niveau après une blessure, une partie de mon travail consiste à l’aider à identifier ses ressources.
À regarder non seulement ce qui lui pose problème, mais aussi tout ce qu’elle sait, tout ce qu’elle sait faire, les compétences qu’elle a développées, les difficultés qu’elle a déjà surmontées et la manière dont elle peut mobiliser tout cela pour avancer vers ses objectifs.
Parce que lorsqu’on traverse une période difficile, on finit parfois par ne plus voir que ce qui ne fonctionne pas.
Et pourtant, ce qui fonctionne est toujours là. Simplement, on ne le regarde plus.
Ce qui me frappe, c’est que les collectifs de travail que j’accompagne présentent souvent un point commun : ils savent généralement très bien ce qui ne va pas.
Les objectifs non atteints.
Les erreurs commises.
Les retards.
Les problèmes de communication.
Les dysfonctionnements qu’il faudrait corriger.
Ce qui pourrait être revu, modifié, amélioré.
Et c’est bien normal. Comprendre ce qui ne fonctionne pas est indispensable pour progresser.
Mais lorsque je demande à ces mêmes équipes ce qu’elles réussissent, ce dont elles sont fières, ce qu’elles savent particulièrement bien faire ensemble, les réponses sont parfois beaucoup moins spontanées.
Comme si les réussites allaient de soi.
Comme si ce qui fonctionne ne méritait pas vraiment qu’on s’y attarde.
Et si nous passions ainsi à côté d’une ressource essentielle pour le collectif ?
Pourquoi accordons-nous autant d’attention à ce qui ne fonctionne pas ?
Dans une organisation, un problème appelle généralement une réaction.
Un objectif n’est pas atteint ? Nous cherchons pourquoi.
Un client est mécontent ? Nous analysons ce qui s’est passé.
Un projet prend du retard ? Nous organisons une réunion.
Une erreur se répète ? Nous réfléchissons à des actions correctives.
Et c’est nécessaire.
Mais lorsqu’un projet se déroule particulièrement bien ?
Lorsque deux services réussissent enfin à travailler ensemble ?
Lorsqu’une équipe surmonte une difficulté importante ?
Lorsque des collaborateurs trouvent une solution particulièrement pertinente ?
Nous disons parfois :
« Bravo à tous, beau travail ! »
Puis nous passons au dossier suivant.
Le problème mérite une analyse. La réussite, elle, semble se suffire à elle-même.
C’est assez paradoxal.
Nous consacrons beaucoup d’énergie à comprendre pourquoi nous échouons, mais finalement assez peu à comprendre pourquoi nous réussissons.
Or, dans les deux cas, il y a quelque chose à apprendre.
Célébrer une réussite, ce n’est pas seulement dire bravo
Bien sûr, les félicitations sont importantes.
Entendre que son travail est reconnu, que les efforts fournis ont été remarqués et que le résultat obtenu est apprécié contribue à donner du sens à son engagement.
Mais je crois que nous pouvons aller plus loin.
Imaginons une équipe qui vient de mener à bien un projet complexe.
Le manager pourrait simplement dire :
« Bravo, vous avez fait un excellent travail ! »
Ou bien prendre un moment pour demander :
« Qu’est-ce qui nous a permis de réussir ce projet ? »
Et là, quelque chose d’intéressant peut se produire.
Un collaborateur évoque la manière dont les priorités ont été clarifiées dès le départ.
Une autre souligne qu’elle a pu demander de l’aide sans attendre d’être en difficulté.
Quelqu’un remarque que les informations ont beaucoup mieux circulé entre les services.
Un autre explique que l’équipe a su prendre des décisions rapidement, sans devoir systématiquement attendre la validation du manager.
Progressivement, la réussite prend une autre dimension.
Elle n’est plus seulement un résultat satisfaisant.
Elle devient une occasion de comprendre ce que le collectif a su mobiliser pour réussir.
Et cela change beaucoup de choses.
Rendre visibles les ressources du collectif
Lorsque nous accompagnons une personne, nous pouvons l’aider à retrouver confiance en lui faisant prendre conscience de ses compétences et de ses réussites passées.
Pourquoi n'en serait-il pas de même pour une équipe ?
Un collectif possède lui aussi des ressources.
Des compétences complémentaires.
Des habitudes de coopération.
Une capacité à s’adapter.
Des expériences partagées.
Des façons de résoudre les problèmes.
Des relations de confiance.
Des savoir-faire parfois tellement intégrés au fonctionnement quotidien que plus personne ne les remarque.
Ce qui fonctionne bien finit souvent par devenir invisible, précisément parce que cela fonctionne bien.
Célébrer une réussite permet de remettre ces ressources en lumière.
Et surtout, de permettre à chacun de comprendre qu’il contribue à quelque chose qui dépasse son propre travail.
Car une équipe ne réussit pas simplement parce que chacun est compétent dans son domaine.
Elle réussit aussi grâce à ce qui se passe entre les personnes.
La circulation des informations.
L’entraide.
Les ajustements.
Les décisions prises au bon moment.
La confiance accordée.
La capacité à parler des difficultés avant qu’elles ne deviennent des problèmes.
Autrement dit, une réussite collective nous renseigne aussi sur la qualité des interactions qui l’ont rendue possible.
Et c’est précisément ce qui m’intéresse dans une lecture systémique.
Attention à ce que nous choisissons de célébrer
Il y a cependant un point qui mérite, à mon sens, une attention particulière.
Toutes les réussites ne racontent pas la même chose.
Imaginons un collaborateur qui a travaillé trois soirs de suite pour terminer un dossier particulièrement urgent.
Le client est satisfait.
Le projet est livré dans les temps.
Le manager le félicite devant toute l’équipe :
« Heureusement qu’on t’a ! Tu nous as encore sauvés ! »
L’intention est évidemment positive.
Mais quel message cette reconnaissance envoie-t-elle ?
Que l’engagement est apprécié ?
Certainement.
Mais peut-être aussi que travailler tard, absorber les urgences et compenser les difficultés d’organisation constitue une manière particulièrement valorisée de réussir.
Et que risque-t-il de se passer la prochaine fois ?
Le collaborateur pourrait être tenté de recommencer.
Le manager pourrait spontanément se tourner vers lui.
Et les autres pourraient progressivement considérer que c’est son rôle de sauver les situations compliquées.
Ce que nous célébrons contribue aussi à construire ce que nous attendons les uns des autres.
C’est pourquoi il me semble important de ne pas uniquement célébrer les performances individuelles ou les efforts exceptionnels.
Nous pouvons aussi reconnaître une équipe qui a su anticiper plutôt que travailler dans l’urgence.
Un collaborateur qui a demandé de l’aide au bon moment.
Un manager qui a accepté de déléguer.
Deux services qui ont réussi à dépasser leurs désaccords.
Un collectif qui a atteint ses objectifs sans sacrifier ses conditions de travail.
Parce qu’au fond, réussir ne devrait pas nécessairement signifier avoir dû se dépasser jusqu’à l’épuisement.
Et si nous célébrions aussi les petites victoires ?
Nous associons souvent la célébration à un événement important.
Un contrat remporté.
Un objectif annuel atteint.
Un projet terminé.
Un résultat financier particulièrement satisfaisant.
Mais les réussites d’une équipe ne se limitent pas à ces moments.
Une réunion pendant laquelle les participants ont enfin réussi à aborder un sujet difficile.
Un conflit qui a pu être discuté plutôt qu’évité.
Une nouvelle organisation qui facilite le quotidien.
Une meilleure répartition des responsabilités.
Un collaborateur qui ose prendre une initiative.
Une équipe qui réussit à poser des limites plus claires à ses sollicitations.
Tout cela mérite aussi d’être reconnu.
Parce que ces petites victoires nous renseignent parfois davantage sur l’évolution d’un collectif qu’un indicateur de performance.
Elles montrent que quelque chose a changé.
Que de nouvelles façons de faire deviennent possibles.
Que les personnes ont trouvé d’autres ressources.
Et qu’une équipe est parfois déjà en train de progresser avant même que ses résultats ne le montrent.
Comment célébrer sans tomber dans la félicitation artificielle ?
Je sais que certains managers peuvent être assez réservés face à cette idée.
« On ne va quand même pas sortir le champagne à chaque fois que quelqu’un fait correctement son travail ! »
Et ils n’ont pas complètement tort.
Il ne s’agit évidemment pas de transformer chaque tâche accomplie en événement exceptionnel.
Ni de distribuer des compliments automatiques qui finiraient par perdre tout leur sens.
La reconnaissance a besoin d’être sincère, précise et proportionnée.
Célébrer peut être très simple.
Prendre dix minutes en fin de réunion pour revenir sur ce qui a bien fonctionné.
Demander à chacun ce dont il est particulièrement satisfait.
Mettre en lumière une coopération qui a facilité le travail.
Remercier un collègue pour une contribution qui aurait pu passer inaperçue.
Ou simplement demander :
« Qu’avons-nous fait ensemble, cette fois-ci, que nous aurions intérêt à reproduire ? »
Cette question me paraît particulièrement intéressante.
Parce qu’elle transforme un moment de satisfaction en un moment d’apprentissage.
Et elle permet de faire quelque chose que nous faisons finalement assez rarement :
prendre le temps de comprendre pourquoi nous avons réussi.
Le regard d’Enso Conseil
Nous avons souvent tendance à considérer que progresser consiste d’abord à identifier nos difficultés pour les corriger.
C’est une partie du chemin.
Mais ce n’est pas la seule.
Une approche systémique nous invite aussi à nous intéresser aux situations dans lesquelles les interactions fonctionnent, les ressources circulent, les responsabilités s’ajustent et les personnes parviennent à agir efficacement ensemble.
Non pas pour idéaliser le collectif.
Mais pour comprendre ce qui rend ces réussites possibles.
Car ce que nous avons réussi une fois peut parfois nous apprendre quelque chose de précieux sur ce que nous serons capables de réussir demain.
Célébrer une réussite ne consiste donc pas seulement à regarder avec satisfaction le chemin parcouru.
C’est aussi permettre à une équipe de prendre conscience de ses compétences, de ses ressources et de sa capacité à agir collectivement.
Et c’est peut-être là que se situe le véritable intérêt de la célébration.
Elle ne sert pas uniquement à reconnaître ce qui a été accompli. Elle contribue à construire la confiance dans ce qui reste possible.
Alors, lors de votre prochaine réunion d’équipe, avant de passer directement aux problèmes à résoudre, pourquoi ne pas prendre quelques minutes pour poser cette question :
« De quoi sommes-nous fiers, collectivement, et qu’avons-nous fait ensemble pour y parvenir ? »
Vous pourriez être surpris de ce que votre équipe a à vous raconter.
Parce que finalement :
Reconnaître ce qui fonctionne, c’est aussi reconnaître notre potentiel de réussite à venir.
écrit par Marie-Anne Perrey, Fondatrice d’Enso Conseil, Psychologue du travail – Consultante en dynamiques humaines et organisationnelles
À suivre…
La semaine prochaine dans Le regard d'Enso Conseil :
👉 La reconnaissance au travail : pourquoi certains collaborateurs ont-ils le sentiment de ne jamais être reconnus, même lorsqu’on les félicite ?
Un manager peut être convaincu de reconnaître le travail de ses collaborateurs, tandis que ces derniers ont le sentiment que leurs efforts passent inaperçus.
Et si la reconnaissance ne dépendait pas seulement de ce que nous exprimons, mais aussi de ce que l’autre attend, perçoit et considère comme important ?
Nous explorerons comment les malentendus autour de la reconnaissance peuvent progressivement peser sur les relations de travail.
Les situations évoquées dans ce blog sont inspirées de l’expérience de terrain d’Enso Conseil. Elles sont systématiquement anonymisées et peuvent être recomposées afin de préserver la confidentialité des personnes et des organisations.




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